Un matin comme les autres, entre bouts de sommeil accrochés comme de la brume et angoisses de ce qui m'attend. Les phases bien huilées s'enchaînent : douche, hydratation, tenue de camouflage, alimentation, re-hydratation, ravalement de façade... Soudain, mon attention est attirée par les soubresauts tout aussi compulsifs qu'inattendus de mon téléphone qui, s'il continue sur ce rythme, va bien réussir à effectuer un joli vol-plané depuis le haut de la commode. Je le sauve in extremis, lui évitant ainsi une fin fort douloureuse, et tente de comprendre ce qui le met dans un tel état.
...
Mince, flûte, crotte...
De mon seul œil valide (le petit suicidaire matinal m'a interrompu en pleine séance de pose de lentilles), je le devine. Hélas. Venant de nulle part, caché derrière un SMS aux intonations sibyllines, surgit de nulle part un fantôme noir.
Mince, flûte, cr... pardon, je me répète. L'émotion sans doute.
L'idée d'arguer d'une non-réception de SMS me passe par la tête, suivie de près par l'envie de laisser libre-cours à ma réplique la plus cinglante.
Rien de cela pourtant.
C'est que, nous avons affaire là à un spécimen particulier, qui se manœuvre avec précaution. Car au fond, tout collant, lourd, pénible, peu fiable et blessant qu'il puisse être, le Gérard parvient toujours à raviver la petite flamme de compassion cachée au fin fond de ton cœur de femme qui en a (de la compassion, justement ^^).
De plus, cela fait un bail que je ne suis pas allée au resto, moi ! Je possède une belle liste d'adresses à tester.
Ni une, ni deux, je réponds. Laconique, neutre, factuelle. La boussole bien orientée sur le Nord.
RDV dans quelques jours dans une des dernières places to be où il fait bon traîner ses papilles de blogueuse culinaire avertie.
Les jours passent. Quelques échanges de SMS viennent confirmer l'arrangement.
Ce qui est bien, c'est que la perspective de ces "retrouvailles" aussi inattendues qu'incompréhensibles, me laisse froide. Et perpendiculaire. Et froide. Et totalement perplexe !!! Que me veut-il ?
Je peux te l'avouer à toi, ma curiosité dévorante est l'unique moteur de mon action.
Euh non, pas l'unique. le bon resto lui fait de l'ombre... Toujours garder la boussole en poche.
Bon an, mal an, le D-Day arrive.
H-1, mon téléphone est encore la victime innocente d'une crise d’apoplexie. Le Môssieur m'explique qu'il est tout confus et désolée, mais qu'il ne pourra pas venir parce que grand-maman lui a fait des madeleines. Qu'on n'a qu'à remettre ça à une autre fois. "Bises".
Vais-je m'effondrer, pleurer, hurler de désespoir face au mirage de mon excellent repas qui se dissipe bien vite ?
Ben non. Au contraire, un sourire franc se dessine sur mes lèvres. Je termine tranquillement ma séance de sport. Avec devant moi la perspective d'une très chouette soirée en tête-à-tête avec moi-même.
Ma réponse est donc toute trouvée et rapidement tapotée : "OK. Bises".
Non. Pas de bises. Parce que moi, tu vois, j'embrasse pas les gars comme toi !
Pour m'en assurer et ne risquer aucun dérapage fortuit, j'ai même mis au point une potion magique. Au goût subtil et à l'efficacité immédiate. Effet 48h garanti. L'ajo blanco (pour être honnête, je n'ai rien inventé du tout, je me suis contentée de piller le patrimoine culinaire ibérique).
Cette ruse digne des plus grandes héroïnes de Salem suffira-t-elle à maintenir Gérard hors de ma zone de survie ? Tu le sauras dans le prochain épisode... si prochain épisode il y a !
Pour 4 personnes
150 de mie de pain
150 g d'amandes mondées
30 cl d'eau
25 cl de lait d'amandes
10 cl d'huile d'olives
4 gousses d'ail
La veille, disposer la mie de pain, les gousses d'ail pelées et grossièrement hachées et la lait dans un récipient. Fermer hermétiquement et réserver toute la nuit au frais.
Le lendemain, disposer ce mélange dans le bol d'un robot. Ajouter l'eau et les amandes. Lancer le robot et ajouter peu à peu l'huile d'olive. La consistance finale doit être proche de celle d'un velouté.
L'ajo blanco se dégustant bien frais, il est préférable de le remettre une petite heure au moins au réfrigérateur.