mardi 31 janvier 2012

Quand le monde se gauchise


Petit matin de semaine.

J’ouvre un œil.

Puis un second.

Je tente une sortie de la main gauche, la première aventurière à oser braver le froid ambiant et s’affranchir de la douce protection de la couette.

Vérification et validation. La température de la pièce est viable et me laissera le temps de rejoindre la douche sans développer de disgracieuses et douloureuses engelures.

Je me préparer mentalement à piquer un sprint.

3-2-1-0… ignition.
(aucune réaction)
J’ai dit ignition !!
Mise à feu.
Positionnement à la verticale et mise du pied droit sur le sol.

Malgré la répétition de l’ordre, rien ne vient.
Mon corps refuse.
Il ose même exprimer une vive réprobation qui prend la forme d’une douleur généralisée allant du petit orteil gauche au cheveu blanc fièrement planqué à la lisière de mon front.

Rhââââïïïï…

Seul ce son affreux et informe parvient à franchir mes lèvres.
Il va encore falloir ruser pour parvenir à berner la mamie quasi-centenaire qui a pris possession de mon corps depuis quelques jours. Lui laisser croire qu’un bon épisode de Derrick l’attend ou que le dernier Notre Temps vient d’être livré. D’expérience, je sais que seules ces soporifiques perspectives peuvent la décider à accepter la position verticale.
Doucement, l’idée leurre fait son chemin dans les circonvolutions de mon corps possédé. Et la mamie toute rabougrie y croie et la suit.

Je me lève. 
Et me précipite sous une douche brûlante afin de dérouiller mon pauvre habitacle.


La tendinite du bras droit n’était qu’une éclaireuse. Je comprends enfin son rôle : vérifier que j’allais pouvoir constituer un abri confortable et réceptif à une grève généralisée de mes muscles et autres éléments indispensables à ma motricité.

Afin que je ne sombre pas totalement dans la dépression, elle m’a laissé ma main gauche. Le minimum vital pour faire des biscuits. L’esprit frappeur à la mise en plis violette est malin, il sait qu’il n’a pas intérêt à me voir dépérir, sans quoi il serait contraint de chercher un nouveau refuge.


Biscuits piquants au gingembre et piment d'Espelette
(ou left hand cookies)


Pour une douzaine de biscuits

130 g de farine complète
80 g de margarine végétale
75 g de sucre complet
50 g de gingembre confit
1 cs de lait de soja
1/2 sachet de levure
1/4 de cc de piment d'Espelette
1 pincée de sel

Couper le gingembre en petits cubes. Déposer la margarine et le sucre dans le bol d'un robot mixeur et mixer jusqu'à obtention d'une consistance crémeuse. Ajouter le lait puis transvaser la préparation dans un saladier.
Ajouter peu à peu la farine, la levure, le sel, le piment puis les morceaux de gingembre.
Former une boule. La filmer et la laisser au réfrigérateur une bonne heure.

Passé ce temps, préchauffer le four à 160°C. 
Sortir la pâte du réfrigérateur et prélever de petites boules que l'on écrasera à l'aide la paume de la main ou d'un tampon à biscuits. Les déposer sur une plaque de cuisson anti-adhésive et cuire 10-12 minutes.
Les biscuits doivent être encore un peu mous à la sortie du four.
Les laisser refroidir avant de les déguster.

Je me suis ici très largement inspirée de la recette de Cookies gingembre confit et poivre long d'Annellenor. J'ai simplement utilisé ma baguette magique végétale et remplacé le poivre long par le piment d'Espelette.
cookies, gingembre confit, piment d'Espelette, vegan

mercredi 18 janvier 2012

La vengeance du mulot


J'aurais dû m'en douter. Lui mettre constamment la main aux fesses. Ne pas hésiter à la tripoter intensément. La titiller névrotiquement pour qu'elle accélère le rythme. Tout cela a fini par lui peser.
D'autant plus que je me garde bien de lui demander son avis. Certes, elle ne possède pas la faculté de parler mais une inquiétude de façade aurait au moins sauvé les apparences.

Son silence était une alerte. Je n'ai pas voulu croire qu'elle confectionnait méticuleusement sa vengeance.

Finalement, hier, ma souris m'a eue. Je ne peux plus l'approcher. 

Elle s'y est très bien prise : main et poignet droits HS, prisonniers d'une attelle pendant 2 semaines. Le tout saupoudré d'un second effet Kis*kool (et c'est là qu'elle est très forte) : pas de cuisine non plus. Tu imagines Robocop derrière les fourneaux ?

Pressentant cette issue fatale, je me suis dépêchée de réaliser un petit remontant entre le diagnostic et l'immobilisation. De quoi distiller une miette de réconfort dès que le moral entrera dans le noir.
Le matin même, cette recette de Bake or Break a fait son apparition dans mon Google reader. Chocolat, fleur de sel...le combo magique !
Je te propose une adaptation toute tombouctienne.

Une dernière chose : ce billet est plus court que d'habitude, ne m'en veux pas trop. Ecrire avec la main gauche seulement, c'est exaspérant, frustrant, limite abêtissant. L'envie d'aller à l'essentiel a pris le dessus.


Blondies chocolat et fleur de sel


Pour un gâteau moyen

160 g de farine
160 de chocolat noir grossièrement concassé
100 de tofu soyeux (ou deux oeufs)
100 g de sucre roux (150 g pour une version plus sucrée)
55 g de purée complète d'amandes
55 g de margarine végétale
5 g de bicarbonate de soude
1 cs de fleur de sel
1/2 cc d'extrait de vanille

Préchauffer le four à 190°C.
Dans un saladier, mélanger la farine et le bicarbonate.
A l'aide d'un fouet électrique, fouetter la margarine et la purée d'amandes jusqu'à obtenir une consistance crémeuse. Sans arrêter de battre, ajouter progressivement le sucre, le tofu (ou les oeufs un à un), et la vanille.
Arrêter le fouet et incorporer la farine petit à petit à l'aide d'une spatule. Terminer par le morceaux de chocolat.



Répartir l'appareil dans un plat rectangulaire ou carré (type brownies). Saupoudrer de fleur de sel et enfourner pour 30-35 minutes.
Le gâteau est cuit quand il est bien doré et que le coeur a bien pris.
Laisser refroidir avant de déguster.

mercredi 11 janvier 2012

Rebondir


Mardi 10 janvier 2012.
Locaux de la société Bidule et Machin.
8h41 : j'allume mon bureau
8h42 : je range mon sac et lance mon PC
8h45 : mails vérifiés, rien à signaler
9h02 : bonjour collègue n°1
9h22 : bonjour collègue n°2
9h32 : bonjour collègue n°3
10h06 : tâches courantes expédiées, plus rien d'urgent à faire
10h07 : bigre, il me reste encore 7 heures et 53 minutes à tuer avant de pouvoir partir
10h07 et 15 secondes : je veux rentrer chez moi !!!
12h23 : il faut que je sorte de ce bureau, je suis au bord de l'explosion spatiale, celle que risque tout astronaute quand il sort dans le vide si jamais sa combinaison se dépressurise. 
14h03 : que ça ?!? l'après-midi va être très longue
16h05 : je n'ai pas faim mais je mange, ça m'occupera bien 30 secondes + 2 heures de culpabilisation
17h08 : N+1 en réunion, N+2 déjà partie... si je me débrouille bien, je peux fuir et laisser croire aux autres que je suis aux toilettes, non ?
17h45 : j'essaie de te raconter un truc intéressant parce que j'ai une super recette à partager mais tu comprendras que dans cette ambiance de désolation et de démotivation abyssale, je manque sans doute mon but.
17h49 : allez, plus que 11 minutes, je tiens le bon bout.

Depuis quelques jours, je me retrouve dépossédée de mon "bébé", mon dossier tentaculaire contre lequel je pestais tant. Qui accaparait mes samedis et imposait son rythme à mes rares vacances. Au final donc, encore une journée de rien. Perdue. Passée à attendre le soir. J'en "profite" pour faire autre chose bien sûr. Mais j'ai un mal fou à activer mon moteur.

Pourtant, quel soulagement j'ai ressenti quand N+1 m'a annoncé que, contre sa volonté, à l’insu de son plein gré et à son grand désarroi (c'est beau un chef qui essaie de te passer de la pommade, j'en aurais presque versé une larme d'émotion), je ne pourrai plus intervenir sur ce projet. Parce que ma tête (façon de parler, nous ne nous sommes jamais rencontrés) ne revient pas aux clients. 
Puis vint la douleur forcément. Celle d'un désaveu personnel.
La colère s'est peu à peu immiscée elle aussi. Parce que cette révocation est injuste, arbitraire et ne convient à personne.

Depuis hier, j'ai entamé une autre phase. Celle de l'abattement, de la tristesse, au point d'avoir envie de pleurer chaque fois que je vois un mail passer. Celle du sentiment d'inutilité et de vacuité. Je me sentais déjà moyennement motivée depuis plusieurs mois. Je pense être parvenue à un niveau inégalé, digne du Guiness Book.

Mais attends, ne m'envoie pas tout de suite ton stock de Xanax. Un petit bout de volonté se traîne encore dans le fonds obscur de mon esprit... 
Je vais te confier un secret.
Tu le gardes pour toi, d'accord ?
Ne pas avoir grand chose à faire (et ne pas aimer ça, évidemment) ça laisse du temps pour soi. 
Mes lettres de motiv s'envolent régulièrement, à la recherche d'un nouveau nid qui sera bien heureux, lui, de m'accueillir.


Maintenant que je t'ai raconté ma vie (et que je t'ai donc rendu heureux ^^), je peux te présenter ma recette du jour.
Tout droit sortie du cerveau fou de Her Professor Tombouctou (rapport à ma coiffure invraisemblable du dimanche matin  et à l'impression de grand n'importe quoi que j'ai eu sur le moment).

Risotto panais et miso



Pour 3 personnes 

150 g de riz Arborio
400 g de purée de panais (soit à peu près le même poids de légumes crus cuits dans un grand volume d'eau, passés au mixeur et agrémentés d'un peu d'eau afin d'obtenir la bonne consistance)
75 cl d'eau
10 cl de vin blanc sec
2 petites échalotes
1 cs bombée de miso clair
1 cs d'huile neutre
1 cs de graines de fenouil
1 pincée de graines de carvi
1 pincée de poivre blanc
quelques noisettes concassées



Dans une petite casserole, porter l'eau à ébullition, ajouter la pâte miso et laisser le bouillon obtenu sur le feu pour qu'il reste bien chaud.
Peler et émincer les échalotes.
Dans une sauteuse, faire chauffer l'huile et laisser les échalotes se colorer.
Incorporer le riz à feu vif, et mélanger 2 minutes avec une cuillère en bois. Quand il est translucide, mouiller avec le vin. Laisser évaporer complètement en remuant, puis verser une louche de bouillon très chaud.
Poursuivre la cuisson à feu moyen, verser le bouillon au fur et à mesure qu'il est presque absorbé en remuant souvent.

Pendant ce temps, ajouter les graines de fenouil à la purée. La réchauffer si besoin.




Quand il ne reste que la moitié du bouillon à incorporer, ajouter la purée au riz puis continuer la cuisson à coup d'ajout de louches de bouillon.
Quand tout est absorbé, éteindre le feu et laisser le risotto reposer deux minutes à couvert.
Ajouter quelques graines de carvi et noisettes au moment de servir.

Au final, cela donne un plat réconfortant et qui titille délicatement les papilles (la "faute" au carvi notamment).


lundi 2 janvier 2012

Parce que c'était inévitable...


... Je me suis résolue à changer d'année. 

Je n'avais pourtant manifesté aucune envie avide, ni désir inébranlable. J’affichais même une mauvaise volonté effrontée. Aucun mot n'était assez fort pour exprimer mon dénigrement de la chose.
Je sentais pourtant que cela ne suffirait pas : le temps qui passe n'est pas le genre de type à se laisser dominer par une adversaire dont le mauvais caractère est l'unique arme.
Ultime tentative donc : passer la fin de l'année dissimulée dans les creux du canapé, entre coussins et plaid.
La victoire semblait proche lorsque moi-même je perdis le compte des jours et commençais à réfléchir comme un oreiller.
Mes journées n'étaient plus que lente dérivation sur les flot de l'inaction.

Et puis, soudain, dans la noirceur réconfortante de la nuit et la chaleur des bras de LeRat™...

"5-4-3-2-1... Bonne année !!!"

Les voisins, ces traîtres, ont fait le jeu de mon ennemi et m'ont rappelé la triste réalité.

En respectable combattante, ceinture orange de bôzendo, je reconnais ma défaite et m'incline humblement face à ce titan. Le temps a eu raison de mes dénégations. 2012 s'est installé.


Dernier pied de nez d'une Tombouctou qui ne s'avoue pas vaincue aussi simplement : je te propose une recette tendance Nativité, un nougat glacé accompagné de pompe à l'huile (à retrouver dans l'ebook Fêtes végétales de Mlle Pigut). Qui se déguste très bien tout au long de l'année.

C'est tout ce que je te souhaite d'ailleurs : une année à l'odeur de liberté, affranchie des conventions idiotes et contraignantes, guidée par tes envies et tes joies.


Nougat glacé et pompe à l'huile





Pour 4 à 6 personnes


Nougat glacé :
200 ml de crème soja
3 g d'agar-agar
2 yaourts de soja (soit 200 g)
80 g de sirop d'agave
150 g de fruits confits mélangés
1 grosse poignée d'amandes


Pompe à l'huile :
250 g de farine
100 g de sucre
65 g d'huile d'olive fruitée
3/4 cc de levure de boulanger
1 pincée de sel



Commencer par la réalisation du nougat glacé.
Chauffer une petite quantité de crème et ajouter l'agar-agar. Mélanger et laisser sur le feu 2 minutes environ. Hors du feu, incorporer au reste de la crème, et, tout en fouettant, ajouter le sirop d'agave en filet.
Mélanger délicatement avec les yaourts, les fruits confits et les amandes grossièrement hachées.


Répartir dans un plat rectangulaire et mettre au congélateur au moins 5 heures.
Remuer toutes les heures.


S'occuper ensuite de la pompe à l'huile. 

Mélanger la farine, le sucre, le sel et la levure délayée dans un demi-verre d'eau tiède. Pétrir en incorporant l'huile en plusieurs fois. La pâte doit être souple. (il est également possible d'utiliser le programme "pâte seule" de sa MAP).
Laisser lever la pâte une bonne heure.


Préchauffer le four à 210-240°C.
Etaler la pâte en forme de ovale sur une plaque recouverte de papier sulfurisé. Faire des entailles (à l'aide d'un couteau ou d'un emporte-pièce).
Cuire environ 10 minutes. Bien surveiller la coloration.
A l'aide d'un pinceau, passer de l'huile sur la pompe à la sortie du four.

Servir une portion de nougat glacé avec un morceau de pompe et du coulis de fruits rouges.

 nougat glacé, pompe,fruits confits
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