mercredi 18 avril 2012

Faire sa B.A.


Une salle quelconque, des murs nus, égayés seulement par 2-3 affichettes défraichies. 
Une petite dizaine (ce qui fait 9 en fait) de personnes finissent de remplir leur gobelet d'un mauvais thé tiédasse et se dirigent, bien obligées, vers les chaises en plastique héritées d'un collège moribond.
Elles s'asseyent, toussotent, s'époussettent. 
Puis se figent. 
Dans le silence, l'une d'entre elle se lève.
La séance peut commencer.

- Bonjour, je m'appelle Tombouctou, j'ai bientôt 2 ans.
- (les 8 autres, en coeur) Bonjour Tombouctou !
- Je suis...hum, c'est dur à dire, je, je sais pas si je vais y arriver.
- Prends ton temps. On sait ce qu'il en coûte, on est tous passé par là.
- Je me sens un peu bête.
- Il ne faut pas. Tu es très courageuse au contraire.
- Pfffff, allez je me lance.
- Une bonne respiration et ça va passer tout seul.
-... et je suis blogueuse.


Les bravos et clap-clap de rigueur se font entendre et la soulage quelque peu.


- Est-ce que tu veux nous en dire plus ?
- Ah bon, il faut ? Je... j'avais pas prévu, j'ai rien préparé.
- Dis nous simplement ce qui te passe par la tête maintenant.
- ...
- Pourquoi es-tu venue ici par exemple ?
- Et bien... Tout a commencé quand j'ai créé mon blog. J'étais très enthousiaste et pleine d'attente. Assez vite, j'ai connu plusieurs personnes. J'avais un bon rythme de publication.  Mais, rapidement, je suis tombée dans une espère d'engrenage. J'allais sans cesse voir mes statistiques de fréquentation, ne pensais plus qu'à ma prochaine recette, me réveillais la nuit angoissée à l'idée de mettre trop de temps pour nourrir mon blog. Impossible de partir en week-end sans connexion. L'idée de passer plusieurs jours dans accès internet me terrifiait.
- Tu redoutais à ce point de ne rien publier ?
- Pas que. Il y a un univers autour du blog. Les fameux "rézoSocio", les blogs amis. Comme une vie parallèle qui ne laisse pas de temps de repos. On s'absente 3 jours et hop, ce sont des centaines d'articles qui attendent d'être lus. 
- Cette période a duré longtemps ?
- Je ne sais plus trop... j'y passais un temps fou. Puis, un jour, j'ai perdu pied. Je n'avais plus de vie. De vraie vie je veux dire. 


Quelques larmes roulent sur ses joues, sa voix s'efface.


- Et alors, qu'as-tu fait ?
- Heu...je... j'ai tout arrêté. Mais je ne savais plus vivre. Je tournais en rond chez moi. J'avais l'impression de ne plus savoir parler aux autres et de ne plus exister en dehors de mon écran de PC. C'était très dur... Heureusement, je vous ai trouvés !
- Tu as raison. Nous sommes tous ici pour réapprendre à vivre "normalement".
- C'est possible ???
- Oui, ici, aux Blogueurs Anonymes, on va t'accompagner et te proposer des méthodes pour gérer tes deux vies tout en douceur.
- Sans faire des séances de rire collectif ?
- Tout à fait. Première chose : tu vas bloguer ce que tu cuisines et non pas cuisiner spécialement pour le blog.


Première application : des poires Belle-Hélène minute. Un exemple typique de dessert-du-dimanche-quand-il-reste-du-jus-de-fruit-de-l'apéro-du-vendredi. :)


Ndlr : ne t'inquiète pas pour moi, ceci est une extrapolation, exagération, parabole...


Poires Belle-Hélène minute




Pour deux personnes


250 ml de jus de poires bio et sans sucre ajouté
1 cs de sucre roux
1 pincée de gingembre.
2 cs bombées de crème de riz
quelques carreaux de chocolat noir


Verser le jus de poires dans un grand bol passant au micro-ondes. Chauffer le jus pendant 1 minutes 30 à 2 minutes à 450W. La durée peut varier suivant les fours. Il faut bien surveiller la "cuisson". Au final, le jus de fruit doit être chaud. 
Ajouter alors la crème de riz et le gingembre, et bien mélanger à l'aide d'un fouet. Chauffer de nouveau à 450W 1 minute et 30 secondes. Vérifier la texture : si le jus est devenu "crémeux", la cuisson s'arrête là ; sinon, ajouter quelques secondes.
Verser la crème de poires dans de petits récipients et glisser immédiatement un gros morceaux de chocolat au centre (ou deux "normaux"). Il va fondre légèrement au contact de la chaleur de la crème.


Ajouter éventuellement quelques copeaux de chocolat et quelques dés de poire.


Déguster tiède.





Les crèmes peuvent se conserver au réfrigérateur pendant une journée. Les passer alors 30 à 40 secondes au micro-ondes à 300W pour ramollir le chocolat avant de les servir.

jeudi 5 avril 2012

Conter fleurette


Deux billets en une seule semaine ! Je t'entends défaillir d'émotion face à ton écran.
Moi-même, j'ai du mal à y croire.

Ne vois pas là un regain d'énergie ou une déferlante d'inspiration. Non. C'est le résultat d'un concours de circonstances très centrées autour du site recettes.de.
Car, après la chasse à l’œuf, je te propose d'aller cueillir des fleurs, le thème du concours d'Avril étant "les fleurs en cuisine" : en déco, en ingrédients, en extrait, en détournement...
Toutes les options te sont autorisées.
Malgré cette large ouverture, mon choix ne s'est pas fait facilement, tu peux me croire. D'ailleurs,  je m'en vais te narrer les aventures de Tombouctou au pays des fleurs.

Étape n°1 : étant affublée de deux mains gauches, l'option "décoration florale" s'est exclue d'elle-même.

Étape n°2 : la quête des fleurs comestibles s'est avérée longue et difficile. Je dois avouer que j'ai vite renoncé.

Étape n°3 : d'abord, qu'est-ce qu'on peut manger comme fleur ???

Étape n°4 : très rapide tour de table, mes connaissances se limitant aux fleurs de courgettes (pas encore la saison), à l'eau de fleur d'oranger et à l'eau de rose.

Étape n°5 : va trouver l'inspiration avec ça !

Etape n°6 : du coup, pour essayer de me rassurer, de me retrouver sur un terrain plus familier, j'ai décidé de faire ma contrariante : pour lancer ce concours, je concocterai un plat salé ! (pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore bien Tombouctou, je préciserai que c'est le fait de pas vouloir faire comme tout le monde qui m'est habituel, pas de cuisiner exclusivement salé).

Étape n°7 : après cette délicate introspection, j'ai poursuivi mes recherches. Car c'est bien joli de vouloir cuisiner de l'eau de rose en version salée, encore faut-il s'assurer un minimum de bon goût.

Au final, grâce à Végécarib et à un pifomètre affûté, j'ai réalisé un Kitchari (plat traditionnel indien, au nom protéïforme) légèrement parfumé à l'eau de rose. Qui a l'avantage d'être complet, équilibré, végétalien et très savoureux.


Kitchari (ou Kitcheree) aux lentilles corail



Pour 2 personnes

100 g de riz basmati
100 g de lentilles corail
2 carottes
1/2 pomme
3 cm de gingembre frais, pelé et émincé
1 cs d'huile d'olive
2 cc de graines de coriandre moulues
1 cc de graines de cumin
1 cc d'eau de rose
1/2 cc de curcuma
1 pincée de sel


Peler, laver et débiter les carottes en cubes. 
Faire chauffer l'huile dans une poêle, ajouter les épices et le gingembre et laisser cuire à feu moyen 2 ou 3 minutes en remuant régulièrement. Quand le gingembre est coloré, ajouter les dés de carottes et prolonger la cuisson quelques minutes, le temps que les carottes aussi prennent des couleurs.
Couvrir alors avec le riz, les lentilles, l'eau de rose et 3 verres d'eau salée. Couvrir et cuire à feu doux une dizaine de minutes.
Bien surveiller le kitchari : il doit rester humide et le riz a tendance à assez vite accrocher.
Au moment de servir, parsemer de quelques cubes de pommes (type Granny Smith, c'est l'idéal) et rectifier l'assaisonnement.

La saveur de la rose est très discrète, mais elle contrebalance bien l'amertume du curcuma.






Pour en savoir plus sur le "défi fleurs", il suffit de cliquer sur le logo ci-dessous.


Et de faire un tour sur les blogs des membres du jury qui sauront, je n'en doute pas, te fournir d'appréciables sources d'inspirations.

dimanche 1 avril 2012

La saison de la chasse


- Mais c'est pas possible, qu'est-ce que tu fabriques ! Si tu continues à lambiner de la sorte, tu n'attraperas rien du tout, lance Paula en constatant que le sac de Bob est toujours dans l'entrée.
- J'arriiiiiiiive, réponds un Bob peu enthousiaste.
- Dépêche-toi un peu plus que ça !
- Vraiment, c'est indispensable ?
- Oui.
- Tu sais bien que je n'aime pas du tout y aller.
- Je le sais mais je ne peux pas m'en occuper cette année alors c'est à toi de te débrouiller. 
- Je n'aime pas du tout du tout du tout..., marmonne Bob avec une toute petite voix.
- Allez, prends sur toi que diantre ! lâche Paula en lui donnant un grand coup dans le dos (qui se veut encourageant mais s'avère surtout douloureux).

Tout en trainant très ostensiblement les pieds, Bob sort de chez eux et se dirige vers la plaine, là où Paula a repéré un vol de leur future nourriture.
Elle est douée pour ça Paula. C'est elle la chasseuse de la famille. La bâtisseuse aussi. D'ailleurs, elle est présentement occupée à la construction de leur nouvel abri, d'où sa délégation de pouvoirs à Bob.
Qui rechigne. 
Depuis son heureuse découverte du blé carré, il préfère largement passer ses journées à s'occuper de leurs cultures, à bouturer, greffer, croiser...
Mais aujourd'hui, impossible de se défausser.
Donc Bob part. Le manque de motivation aidant, il se perd. Tourne en rond un bon moment avant de repérer enfin un vol de spécimens grassouillets. Enfin, c'est plutôt eux qui semblent l'avoir repéré. Il fait un bien piètre chasseur, même ces bestioles sans queue ni tête l'ont remarqué.
Après un long soupir de circonstance, il se lance à la poursuite, formulant le vœu que l'un d'eux tombe de lui-même dans son escarcelle.
Hélas, le sort s'acharne et il est contraint de sortir son arme. Un peu tremblant, il vise et tire. A côté.
Malgré le fiasco évident de sa tentative, il garde un moment la pause, se demandant s'il trouvera le courage de recommencer. Un léger dodelinement de sa tête trahit sa résignation. Il fouille ses poches à la recherche de munition et tend à nouveau le bras.
Encore raté !
Ce petit jeu dure toute l'après-midi.
La nuit se décidant enfin à tomber, il rentre. Bredouille.

Sa silhouette se détache à peine dans la nuit maintenant bien installée pourtant Paula comprend tout de suite. Elle fronce les sourcils et prend son air le plus mécontent avant de lancer :
- Que va-t-on faire ? Ils ne reviendront pas avant l'année prochaine. Tu sais bien qu'il n'y a qu'au début du printemps que l'on peut voir d'aussi beaux groupements d’œufs !
Bob fait encore quelques pas.
Bizarrement, un sourire se dessine sur ses lèvres.
- Est-il devenu fou ? se demande Paula. C'était peut-être trop pour lui, je n'aurais pas dû lui forcer la main.
- Je crois que j'ai trouvé une solution. En me perdant, j'ai découvert une mare où d'étranges boules blanches flottaient. On aurait dit des œufs durs.
- Et, et, et ? s'impatiente Paula.
- Et en fait non. C'est une plante. Je suis sûr qu'on peut en faire quelque chose, même si ça n'a pas beaucoup de goût. Je l'ai appelé "tofu".
- Pourquoi ???
- Parce que ! 
Et Bob rentre fièrement dans leur nouveau chez eux, sans un mot de plus. Quelques fois, il faut savoir imposer ses décisions, aussi farfelues soient elles.

Tu l'auras compris, Bob n'est pas un chasseur fiable. Il a aussi laissé s'échapper le lapin de Pâques, et lui a préféré ses carottes.


Carrot Cake tout végétal





Pour un cake

300 g de carottes râpées
200 g de farine (50 g de farine de riz + 50 g de farine de sarrasin + 100 g de Mix Schar et 1 cc de gomme de guar dans mon cas pour une version sans gluten)
125 g de noix
100 g de compote de pommes
40 g d'huile de noix (soit 3 cs)
3 cs de miel ou de sirop d'érable
1/2 sachet de levure
2 cc de cannelle
1 cc de gingembre
1/2 cc de noix de muscade
1/2 cc de bicarbonate de soude
1/2 cc de jus de citron
1 pincée de sel

Préchauffer le four à 180°C.

Laver, peler et râper les carottes.
Dans un saladier, mélanger la (ou les) farine(s), le bicarbonate, les épices et le sel.
Ajouter ensuite l'huile, les carottes et les noix.
Dans un petit récipient, bien mélanger la compote, la levure, le miel et le jus de citron.
Incorporer à la première préparation.


Répartir dans un moule à cake et enfourner pour une heure.
Vérifier la cuisson à l'aide d'un couteau : sa pointe doit ressortir sèche.




Laisser refroidir avant de démouler et servir avec un peu de fromage blanc ou de yaourt soja fouetté avec un filet de sirop d'érable et de jus de citron.


Cette recette est un peu particulière. Elle accompagne le lancement du défi d'Avril de recettes.de. Un beau défi puisqu'il s'agit de chasser les œufs hors des recettes.
Le jury est composé de 3 membres :
Juliette / Sorcilili de La Marmite à M'Alices
Tombouctou de Much more than Sushi

Les novices trouveront quelques indications sur la page du défi, et également en se promenant sur mon blog.
Pour les habitués, et bien, faites comme d'hab'. :)

 carottes, carrot cake, sans gluten, cuisine vegane
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