mardi 22 novembre 2011

Plaisir solitaire


Marcher seule la nuit. Pas durant la "vraie" nuit, seulement en début de soirée. Quand les magasins descendent peu à peu leur rideau métallique et que les restaurants bruissent des derniers gestes d'attente (une nappe que l'on remet en place, un balai que l'on passe dans l'entrée...).

Pas n'importe où non plus. A Paris. La ville est encore si vivante le soir que l'on peut s'aventurer à la seule lumière des éclairages publics sans craindre de voir surgir un chat noir du moindre brin d'ombre.

Quand les touristes font la queue pour se faire crier dessus chez Chartier, quand les working bobos en sont déjà à leur 3ème bière HH (Happy Hours, ou comment te saouler vite fait bien fait à moindre frais), quand les amoureux se retrouvent au petit jap' chinois du coin, la ville est à moi. 
Je l'arpente d'un pas alerte et décidé.
Passé une certaine heure, il ne fait plus bon flâner. C'est l'hiver je te le rappelle. Le rythme du marcheur olympique est la seule chose qui s'interpose entre toi et l'hypothermie. Bien, qu'inévitablement, la phase hamman fasse parler d'elle en fin de parcours. Alors, le marcheur citadin se voit, subtilement, mais réellement acquérir les indispensables de la panoplie du marcheur alpin : polaire, textiles respirants, gants-mouffles, chaussettes surtout-pas-en-laine-ça-fait-transpirer-et-pis-ça-gratte...

Marcher nuitamment pour découvrir et éprouver la ville sans foule à affronter, sans flux de piétons anarchiques. Sans coups de sacs, de coudes, de genoux, d'enfants, de chiens, de trottinettes, de valises, de ballons Mic*ey qui essaient de prendre l'escalator.

Et seule. Surtout seule. Pour être égoïste. C'est un plaisir inestimable que de pouvoir avancer à son rythme, changer de trottoir quand sa curiosité le décide. Sans oublier une chose toute bête, mais si précieuse et reposante : le silence. Ne pas parler, ne pas écouter, ne pas répondre. Se laisser porter par ses pensées.

Finir par traverser la Seine. Là, je m'arrête. Je la regarde dans les yeux et je lui dit  "Tu vois, j'y suis ! Et je suis bien contente qu'il en soit ainsi." Oui, la femme immobile aux joues rouges de froid qui, souvent, sourit toute seule en direction des bateaux mouches, c'est moi. 

Quel lien avec une salade de carottes ? Le plaisir. J'avais envie de cru. Les clémentines se sont d'elles-mêmes jetées dans mes mains ; elles ne supportaient sans doute pas l'idée d'être séparées des carottes. L'improvisation a fait le reste.

Salade carottes et clémentines

Pour 1 personne

1 grosse carotte (ou 2 petites)
2 petites clémentines
4 dattes
huile de sésame
feuilles de menthe
graines de sésame
sel

Laver, peler et râper la carotte. Déposer dans une assiette. Peler les clémentines et ajouter les quartiers. 
Dénoyauter les dattes et les couper grossièrement.Ciseler finement quelques feuilles de menthe et ajouter le tout à l'assiette.


Assaisonner la salade selon son goût avec de l'huile et des graines de sésame, et un peu de sel.


jeudi 10 novembre 2011

Apprendre...

Je ne sais pas si je parviendrai à la fin de ce texte (finalement si, puisque tu es en train de me lire, mais je n'avais pas envie de reprendre mon début...), tant je suis encore amochée par ce que j'ai vécu samedi dernier. Les mots prennent place néanmoins, il doit en être ainsi, la douleur ne peut être tue.
Le vocabulaire employé peut laisser craindre le pire. Mais non. Point d'agression ou d'accident dans mes archives. Une drôle de séance plutôt qui a agité bien des choses. Sans attente aucune, je suis entrée en résonance, à la manière de ces ponts qui réagissent aux ondes environnantes et qui ne cessent d'amplifier leur mouvement.

Que je te pose la situation : atelier photo d'une journée, les bases de la photographie culinaire. Comme beaucoup, je m'attendais à un cours plutôt technique. Enfin comprendre tous les boutons et sigles qui s'agitent sur mon appareil tout neuf, telle était mon ambition.

Rien ne se passe comme prévu.

La parole régna en maîtresse au fil de ces heures, entrecoupées de quelques précisions et questions plus matérialistes, mais sans s'aventurer jamais bien loin des mots et ressentis.

"Que veux-tu photographier ?"
"Quel goût te plaît dans ce plat ?"
"Quelle émotion souhaites-tu partager ?"

Voici mon apprentissage.

Et ma douleur.

Car je ne le sais pas (au cube).

Je sais ce que je veux taire : ma boulimie latente, la perte du goût au profit du volume, la peur du gras, la hantise de manger des heures à l'avance. Seule la complexité domine ici.
La nourriture est mon ennemie, comment veux-tu que je photographie ça ?
Surtout, comment faire envie avec une telle répulsion à l'intérieur ?

Alors, je triche. Je fais du "stylisme" culinaire en cachant les aliments derrière des mises en scène et des constructions d'image. Du coup, il n'y a pas de vie dans mes photos. Seulement du plastique.

Pas tout le temps, évidemment. Mais cette évidence m'a sauté à la gorge, m'a retourné l'estomac, a touché du doigt un noeud profond.

Après la noyade, vint la bonne résolution : faire plus simple, aller à l'essentiel de ce que j'ai sous les yeux. Essayer de savoir ce qui me plaît et le saisir. Je connais bien la satisfaction de la cuisinière, de celle qui fait pour les autres, il va me falloir davantage penser à moi.

Finalement, je reviendrai peut-être au même "style", mais ce sera plus conscient. Et le chemin fait vers le plaisir et la bienveillance ne pourra être que bénéfique.

Du plaisir donc dans ce qui suit. Ou comment retrouver le goût des rollmops dans une tartinade végétale et détourner des poires.


Tartinades végétales

Un air de Rollmops

 


Pour un bol


100 g de tofu soyeux (ou 50 g de tofu ferme et 1/2 brique de soja cuisine)
2 gros oignons
3-4 cornichons à l'aigre-doux
2 cc de moutarde
1 cs de sucre roux
1 cc de vinaigre de cidre
poivre blanc et sel


Peler et émincer les oignons. Les faire revenir dans une poêle sur feu vif avec un peu d'huile neutre. Ajouter le sucre et bien mélanger. Laisser confire à feu doux.
Déposer les oignons cuits dans le bol d'un robot mixeur avec la moutarde, une pincée de poivre blanc, une pincée de sel et le vinaigre de cidre. Mixer une trentaine de secondes.
Ajouter le tofu et laisser tourner le mixeur 2-3 minutes.
Transvaser la préparation dans un bol.
Débiter les cornichons en petits morceaux et les incorporer à la crème. 

Envie de poires


Photo à la bougie...j'ai quand même glané quelques notions techniques. ^^ 

Pour un petit bol

2 poires 
5 cl de vinaigre de cidre 
2 cs d'eau 
2 cs de sucre 
sel/poivre
quelques feuilles de menthe

Laver et peler les poires. Les couper en cubes et les déposer dans une petite casserole. Ajouter le vinaigre, l'eau et le sucre et laisser compoter sur feu doux.
Quand les fruits sont bien tendres, réduire en purée à l'aide d'un mixeur plongeant.
Saler, poivrer.
Laisser refroidir.
Laver quelques feuilles de menthe et les émincer finement. Ajouter l'équivalent d'une grosse cs dans la compote de poires (à doser selon son goût).

Petite précision copyright'esque  : je me suis ici largement inspirée d'une recette de Céline d'Artichaut et cerise noire.

Je présente ces tartinades en apéritif, sur un pain noir ou des pains polaires (dans les deux cas, je suis à la lettre les recettes du Comptoir des pains, aux éditions Marabout... ma MAP's bible!).
tartinade, rollmops, cornichons, poires, aigre-doux 


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