mardi 27 mars 2012

Allegro presto


Aujourd'hui, je voulais te parler de musique. Ou plutôt, non. C'est presque l'inverse. C'est la musique qui m'a demandé de te parler d'elle.
Je sais, dit comme ça, cette phrase peut te conduire à émettre de forts doutes quant à la clarté de mon esprit. Mais je t'assure, elle s'est montrée particulièrement insistante et persuasive.

Tout a commencé par la lecture de Corps et âme de Frank Conroy. On y suit Claude, petit enfant esseulé et sans amour qui découvre fortuitement son don pour le piano. Sa vie entière va en être bouleversée. Parti d'un appartement en sous-sol sombre et crasseux, il va bien sûr devenir riche, célèbre et maître dans son art. Ce n'est pas exagérer le trait que de résumer ainsi les 25 et quelques années de vie qui nous sont narrées.
Il y a un peu trop de bons sentiments à mon goût : cette prédisposition va facilement lui ouvrir bon nombre de portes, du voisin mélomane qui lui donnera des cours gratuitement à celle d'une riche héritière, en passant par les plus grands maestros de l'époque. Même si le travail est loin d'être absent de cette vie, le tout est un peu trop "fabuleux".

J'aurais donc pu arrêter ma lecture très vite.

Ce fût infaisable. La musique m'a retenue. Happée. Subjuguée. Je n'avais jamais lu d'aussi belles choses sur la musique classique. Sur le jazz aussi. L'amour de l'auteur pour la musique et les musiciens est évidente et donne un souffle incroyable à ce récit qui évite ainsi l'écueil de n'être qu'une longue histoire de vie de plus.

(Gros coup de coeur pour Purcell - Heureuse découverte de Copland)

A noter que j'ai également enfin compris ce qu'était la musique sérielle (certes, on peut très bien vivre sans mais moi, je me suis tellement cassé les dents dessus au Conservatoire que cela fût un réel soulagement).

A lire donc. Surtout si l'on dispose du gêne "music lover".


Mes deux autres rencontres furent plus émotionnelles encore.

C'est ainsi que le concerto pour clarinette de Mozart me sauta un matin en plein visage au détour d'un couloir de métro. Une joie intense m'a alors envahie. Le plaisir simple d'avoir droit à un pur moment de paix alors que tout semblait mal parti (matin, métro, monde, fatigue...).


Parce que je n'avais sans doute pas encore complètement compris, Mme musique dégaina son arme ultime : les valses de Chopin.
Encore le matin.
Encore "en traitre".
Dans la salle d'attente de Dr Who. Où je me suis bêtement retrouvée les yeux inondés de larmes (normalement, c'est plutôt pendant qu'on pleure, pas avant).





J'avais enfin compris. Cela faisait longtemps que je n'écoutais ne savourais plus de musique classique (ou baroque, ou médiévale ou même du jazz, en gros autre chose que du rock et de la pop). Mon corps et mon esprit me la réclamaient désespérément.

A peine rentrée chez moi, je lançais donc mes disques à la chaîne.

Ce fût comme passer un baume apaisant sur des piqûres de moustiques :  tu peux vivre comme ça, la gêne n'est pas immense, le soulagement n'en est que plus apprécié !

Du coup, il y a tout plein de musiques par ici.
D'abord, un  extrait des morceaux cités dans Corps et âme. Ils donnent une bonne image de l'atmosphère de ce roman. Puis les deux morceaux qui me bouleversent (en bien ou en mal, peu importe, ils me montrent que je suis vivante, c'est ça l'essentiel) à chaque écoute.

La recette du jour vient, quant à elle, d'une impulsion soudaine. En train de trier mes premiers radis de l'année, je n'ai pas eu le cœur de jeter les belles fanes vertes qui s'accumulaient devant moi.
Google étant mon ami, il m'a donné de belles solutions sous la forme d'un pesto de fanes de radis, qui est venu très agréablement rehausser des pommes de terre rôties (page 134 du numéro de printemps de Sweet Paul Magazine).

Pesto de radis et pommes de terre rôties


Pour un petit pot de pesto

Les fanes d'un bouquet de radis
5 cs d'huile d'olive
1 gousse d'ail
40 g de parmesan

Laver soigneusement les fanes. Les déposer sur du papier absorbant et laisser sécher à l'air libre. Terminer en tapotant avec une autre feuille de papier absorbant.
Les équeuter et les déposer dans le bol d'un mixeur avec la gousse d'ail émincée. Lancer le robot et ajouter peu à peu l'huile d'olive. Terminer avec le parmesan et mixer jusqu'à obtention d'une consistance bien crémeuse. Goûter et ajouter éventuellement une pincée de sel.


Pour les pommes de terres, c'est on ne peut plus simple.
Préférer une petite variété, type rates. Bien les laver, sans hésiter à les brosser afin d'enlever toute trace de terre. Les déposer dans un plat à gratin et arroser d'un filet d'huile d'olive. Assaisonner avec un peu de fleur de sel avant d'enfourner à four chaud (environ 220°C). Les pommes de terre sont cuites quand la pointe d'un couteau s'enfonce sans difficultés dans la chair. Ne pas hésiter à les passer quelques instants sous le grill en fin de cuisson.

A la sortie du four, napper immédiatement de pesto de radis et déguster.
pesto, radis, pommes de terre

mardi 13 mars 2012

Free as a bird


- C'est décidé, je te quitte !
- Attends...
- Je ne te supporte plus !
- Laisse-moi t'expliquer
- Non, non et non. Chaque fois tu me rattrapes, tu parviens à me convaincre mais cette fois c'est la bonne, tu ne m'auras pas.
- Tu ne peux pas me quitter comme ça.
- Je vais me gêner ! 
- Qu'est-ce que me reproches d'abord ? 
- Tu n'écoutes rien, tu n'en fais qu'à ta tête. Tu passes ton temps à me contredire.
- Mais...
- On dirait même que tu adores me faire souffrir.
- C'est pas vrai.
- Me faire tourner en bourrique. Je voudrais ne jamais t'avoir rencontré. Il n'y a que de la souffrance entre nous.
- Tu sais, ça me fait du mal ce que tu me dis là.
- Et bien, ça change un peu pour une fois.
- Surtout que je n'y peux rien, je n'agis pas ainsi volontairement.
- Je ne te crois pas. Par exemple, en ce moment, tu sais très bien que je dois réduire au maximum ma consommation de gluten et toi, que fais-tu à longueur de journée ? Tu enchaînes les envies de pizza, de bières, de gâteaux... Pour couronner le tout, tu vas même jusqu'à me suggérer d'engloutir un burger au steak argentin. Tu vas encore me dire que tu n'y es pour rien ?
- Je comprends ta colère.
- C'est au moins ça. Donc, je me répète, mais je te quitte.
- C'est impossible. Je te l'assure.
- Ah bon !?! Pour quelles raisons ? Je suis encore libre de décider de ma vie, non ?
- Pas sur ce point. Il n'y a pas d'alternative à notre cohabitation.
- ...
- Je suis ton corps. Tu ne peux pas te débarrasser de moi.

Sache donc que, malgré mes belles images blogesques de légumes et autres verdures, mes désirs culinaires se résument fondamentalement à deux choses : pizza(s) et bière(s). Comment en suis-je arriver à établir ce triste constat ? En suivant tout bêtement un petit régime sans gluten (sur les indications de ma médecin, on ne se lance pas là-dedans pour suivre un simple effet de mode, je te le rappelle) censé purger mon corps de ses mauvaises habitudes et irritations.

Les envies de légumes ont disparu. Ne reste que les deux aliments sus-nommés.

Parce que je suis opiniâtre (et que j'aimerais tellement avoir moins mal partout), je fais la sourdre oreille aux desiderata de mon corps et m'adonne aux joies du gluten free depuis deux semaines. M'en reste encore 6...
Peut-être pour compenser et oublier mes interdits, je me suis surprise à réaliser des biscuits et/ou gâteaux et/ou foccacia sans gluten 1 jour sur 2 (ou presque).


Le week-end dernier, je me suis attaquée aux sablés à la coriandre de My Sweet Faery pour un combo sans gluten/végétal plein de saveur !


Sablés citron et coriandre sans gluten






Pour une quinzaine de biscuits

150 g de farine de riz
60 g de sucre roux
50 g de noix de coco râpée
40 g de purée d'amandes blanche
3 cs d'huile d'olive
2 cs de coriandre finement ciselée
1 cc de levure
le zeste d'un demi-citron (bio et lavé)
1 pincée de sel

Préchauffer le four à 180°C.
Dans un saladier, mélanger la farine, la noix de coco et la poudre à lever, le sel, le zeste de citron, la coriandre et le sucre. Ajouter ensuite la purée d'amandes et l'huile.
Pétrir à la main en ajoutant progressivement un peu d'eau (environ 10 cl) pour former une boule.
J'ai choisi de façonner les biscuits à la main (prélever une boulette de pâte et l'aplatir sur la plaque de cuisson) mais il est possible d'être plus traditionnel.
A l'aide d'un rouleau, étaler la pâte sur un plan de travail fariné. Découper les biscuits à l'aide d'un emporte-pièce. 
Déposer sur une plaque de cuisson huilée ou couverte de papier sulfurisé et cuire une dizaine de minutes. Les biscuits doivent être encore un peu moelleux en sortant du four.

Laisser refroidir avant de déguster.

Il paraît que la pâtisserie sans gluten se conserve moins bien. Je n'ai pas eu le temps de vérifier cette assertion. ^^
 sablés, sans gluten,coriandre, citron, végétal

lundi 5 mars 2012

J'ai oublié ma machette


Régulièrement (deux fois par mois environ), j’organise une expédition bien particulière. J’aimerais pouvoir m’y soustraire. Mais mes choix de vie m’en empêchent de plus en plus. C’est ainsi. Malgré la douleur de la chose, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Pour l’instant, le bénéfice final étant supérieur à la pénibilité exigée, je m’y résous.

Malgré ma bonne connaissance de la chose, mes années d’expérience, et ma méfiance innée pour tout et rien, je me suis laissée surprendre lors de ma dernière insertion en territoire hostile. Cela faisait plusieurs semaines que je maniais à merveille ma stratégie de l’évitement. Forcément, ma vigilance était un peu émoussée.

La mémoire me revint bien vite cependant. Grâce à me première encontre avec un spécimen local. Qui prit ici les traits d’une vendeuse plantée en plein milieu du (tout) petit espace de circulation, accaparée par une discussion perso sur son portable. Pas trop de reproches à faire sur le moment. Cependant, je peux t’assurer que je fus inévitablement amenée à revoir mon jugement quand, après un long moment d’errance à la recherche du rayon sans gluten, je fis le constat que je ne parvenais absolument pas à attirer l’attention de cette fort discrète personne. Heureusement, je suis une habituée de ces difficultés de repérage et j’ai toujours boussole, GPS et compas lunaire sous la main.

La disposition labyrinthique des lieux me permit, comme à chaque fois, de me heurter avec bonheur aux autres aventuriers. Et tu sais quoi, je serais prête à signer des deux mains pour rencontrer le minotaure en personne plutôt que de devoir affronter de nouveau les visages revêches, dédaigneux, fiers d'eux-mêmes et de leur pureté comportementale de mes supposés coreligionnaires.

Quelques circonvolutions plus tard, je fis chemin vers la sortie. Épreuve toujours source de complication et de mise à l'épreuve de ma zénitude. 
Attendre.
    Attendre.
        Attendre.
Vint enfin mon tour de connaître combien il allait m'en coûter de vouloir ainsi m'aventurer sur des terrains non-conventionnels. L'épreuve ultime. De quoi récolter la super star gold medal de l'humaine endurante. Je dus alors faire face à la terreur de ces zones méconnues : le caissier visiblement-trop-pur-pour-travailler-mais-qui-doit-pourtant-bien-accepter-cette-basse-condition-afin-de-payer-son-loyer. Malgré ma tenue de camouflage, il comprit bien vite que je n'étais en fait qu'une exploratrice fort peu rompue aux valeurs de son univers : mon combo sourire/bonjour m'avait trahie. Ce qui me valut de récolter un silence méprisant, une remarque sarcastique sur mes choix et un soupir appuyé en guise d'adieu.

Hermétique à tout cela, je m'en suis allée digne, mon pain sans gluten sous le bras. 

Encore une fois, j'étais allée faire mes courses au magasin bio.



NDLR : Et ne viens pas m'accuser de parisiano-centrisme, tu seras gentille. Cette étude ethno-consumériste est le fruit d'une expérimentation poussée en des lieux extrêmement diversifiés.
A tel point que j'en viens même à penser que les magasins bios, où qu'ils soient, constituent un seul et même univers parallèle, avec ses propres us et coutumes, sa population autochtone et ses réseaux de communication internes.
Un jour, des hommes verts sortiront de ces réduits exigus et torturés, et dirigeront le monde, un brin de graine germée d'alfalfa coincé entre les dents ! 

Ou de persil.


Salade de persil et purée de sésame


Pour 4 personnes 

2 beaux bouquets de persil plat
2 gousses d'ail
3 cs d'huile d'olive
le jus d'un citron
sel

pour la purée de sésame
3 grosses cs de pâte de sésame
le jus de 2 citrons
1 gousse d'ail
1/2 verre d'eau
sel et poivre


Ces recettes sont tirées du roman Les liaisons culinaires, de Andréas Staïkos. Elles sont ici fidèlement retranscrites.


Salade de persil

Retirer les tiges et hacher menu les feuilles de 2 gros bouquets de persil. Ajouter 2 gousses d'ail hachées très fin ou réduites en purée. Assaisonner avec 3 cuillérées à soupe d'huile d'olive pressée à froid et le jus de 1 citron, puis ajouter un peu de sel.


Purée de sésame 

Mettre 3 grosses cuillérées à soupe de pâte de sésame dans un bol. Arroser avec le jus de 2 citrons et 1/2 verre d'eau. Ajouter 1 gousse d'ail écrasée, saler et poivrer légèrement. Mélanger jusqu'à obtenir une préparation homogène. Parsemer d'un peu de persil haché avant de servir.




Précision personnelle
Bien veiller à hacher le persil au couteau ou aux ciseaux. Surtout pas au mixeur, à moins d'apprécier la bouillie de persil.

salade, persil, sésame, tahin, cuisine grecque 
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