lundi 21 avril 2014

Latin loser


Les langues mortes ne le sont pas totalement. Et ça, c'est une bonne nouvelle. Elles continuent de faire vibrer nos larynx et oreilles régulièrement. Par petits bouts certes, avec de courtes phrases ou même quelques syllabes à peine. Mais qui suffisent à perpétuer ce souffle venu de loin, lancé par Caton l'Ancien, dynamisé par César, vivifié par Virgile, glorifié par Sénèque. Ces sons ont le goût des temps anciens, savent nous relier en quelques secondes à la sagesse ancestrale de ses illustres orateurs. Nous donnent de l'épaisseur et nous enracinent.

Ils ne sont cependant pas tous égaux devant la postérité. J'ai ainsi pu remarquer ces derniers temps, en errant un peu trop dans le ouèbe sauvage (c'est mal, je sais, surtout quand il y a du soleil particulé dehors) qu'une locution en particulier semblait rassembler de nombreux suffrages.
Deux mots très simples qui condensent à eux seuls une philosophie d'une profondeur et d'un raffinement bien souvent mal perçus. L'hédonisme d'ascèse est en effet un état bien délicat à atteindre. Pourtant, ses utilisateurs contemporains ne s'embarrassent pas de considérations sur l'incertitude du futur et la vacuité de la vie. On le sait, la quête de l'être cher peut s'avérer longue et rigoureuse. Raison de plus pour tenter de se démarquer de la foultitude testéronée environnante. Et c'est cependant par nuées dignes des pires invasions d'étourneaux que l'on voit fleurir ces deux petits mots sur les profils des affamés.

"Carpe diem" qu'ils disent. 

Comprendre "on baise ?" 

Un visionnage abusif du Cercle des poètes disparus, bien plus qu'une lecture assidue des classiques latins je le crains, aura sans nul doute contribué à créer ce raz-de-marée pseudo-érudit. Mais réellement "ad nauseam".
Ce cher Horace doit faire des bonds de désespoir dans sa tombe en constatant à quelles tristes fins sa philosophie est désormais utilisée.

NDLR : le p'tit sushi demande ici à sa lectrice bienveillante et adorée de bien vouloir accepter ses plates excuses pour cet accès soudain de grossièreté. Il est un peu honteux mais sait bien qu'il est vain de vouloir se cacher derrière un bouchon de stylo Bic.
Et pour te faire oublier bien vite ce malheureux dérapage, je te propose de faire le plein de fraîcheur avec un risotto printanier et un fond musical plus que sautillant et léger.


Risotto aux fraises


Pour 3-4 personnes

250 g de fraises bien parfumées
200 g de riz Arborio (ou de riz rond à défaut)
75 cl de bouillon de légumes (soit 75 cl d'eau bouillante + 1/2 bouillon cube de légumes)
5 cl de vin blanc sec
3 feuilles de basilic
2 cs d'huile d'olive
2 cs de yaourt de soja
1 petit oignon 
1 filet de vinaigre balsamique

Laver et nettoyer les fraises. Les couper en quartiers. Peler et émincer l'oignon.
Dans une sauteuse, faire chauffer l'huile, puis y faire cuire l'oignon à feu doux 5 minutes sans le colorer. Verser le riz, remuer 2 minutes jusqu'à ce qu'il devienne un peu translucide. Mouiller avec le vin blanc.
Une fois le vin évaporé, commencer la lente cuisson du risotto en ajoutant le bouillon louche à louche. Et en attendant la complète absorption d'une louche avant d'en ajouter une nouvelle.
Une fois la dernière louche versée et quasi évaporée, ajouter le basilic finement ciselé et les fraise. Remuer délicatement. Hors du feu, ajouter les 2 cs de yaourt et mélanger à nouveau. Conclure avec un filet de vinaigre balsamique.

La voix du bouchon : à déguster avec un vin blanc des Côtes Catalanes. Un Cadireta 2013, du Domaine Lafage que tu pourras notamment trouver chez le Petit Ballon. Ou tout autre vin blanc fruité et peu acide.


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6 commentaires:

LadyMilonguera@Un siphon fon fon a dit…

Ce risotto sucré me dit bien...

latarteriedebene.com a dit…

J'ai goûté un risotto aux fraises il y a quelques années. Fait par deux beaux italiens (vive les clichés).
Leur plastique parfaite n'a malheureusement pas pu me faire oublier le goût infâme de leur préparation. Du riz, de jolies fraises, du sel et des oignons ??
Je n'ai jamais pu comprendre la présence des oignons dans leur risotto mais repenser à cette expérience culinaire me fait encore sourire donc le mal est pardonné.
Je goûterais bien au tien, histoire de me réconcilier avec le risotto !

Tom Bouctou a dit…

Lady Milonguera : en fait, il est salé mon risotto. :-\ Mais bien bon tout de même.

Béné : il faut vraiment prendre des fraises bien parfumées, ça change pas mal de choses et y aller mollo sur l'oignon. Le balsamique apporte une petite note supplémentaire.
Au final, c'était pas mauvais du tout (et y'a pas que moi qui le dit ^^).
Ne me reste plus qu'à t'inviter à dîner pour chasser ce mauvais souvenir. ;)

zazazsu a dit…

Que voilà un risotto qui me plairait bien! Tout y est : les fraises parfumées, la petite pointe d'acidité du yaourt et le mariage balsamique-oignons-fraise qui sort des sentiers battus!
Je partage ton écœurement quant à la vulgarisation au sens le plus propre (et donc aussi le plus sale!) du "carpe diem" : ça me fait penser à un vulgarisation du même acabit datant d'il y a une quinzaine d'années où tout le monde se disait épicurien au sens de "je peux me mettre plein de cocaïne dans le nez c'est Epicure qu'a dit que si ça me faisait du bien c'était ok" et non au sens de "c'est lorsque la douleur s'arrête qu'on peut enfin toucher au bonheur donc plongez vous dans un tonneau rempli de clous et au bout de quelques heures vous serez heureux d'en être ressorti et vous saurez vous contenter de peu".
Mais bon on ne va pas les envoyer ad patres pour si peu, donc mangeons entre gens de bonne compagnie et laissons les vaquer à leurs erreurs humaines, certes, mais également à leurs persévérances diaboliques... ;)
Bises dominae Tombouctou!

Noémie a dit…

Décidément, il existe des spécimens humains toujours aussi décevants...
Je les pardonne à moitié car à 15 ans je marquais partout ça en dessinant des Peace and love, mais bon j'avais 15 ans j'ai une excuse non?
Moi je veux bien gouter le risotto aux fraises salé quand je viendrai, ça m'intrigue ^^

Tom Bouctou a dit…

Zazazsu : c'est toujours mieux de se promener sur des sentiers inconnus, non ? :)
Je vois que nous partageons le même goût pour le latin : un reste d'heures passées à explorer frénétiquement le Gaffiot ? ;)

Noémie : mais oui, à 15 ans, c'est bien normal de sortir ce genre de phrases. C'est même très bien.
Réservation faire pour un risotto spécial w-e à Paris. :)

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