mardi 10 juin 2014

Coup de chaud


Bob a chaud. 
Très chaud. 
A tel point que son cerveau ne peut formuler qu'une seule idée.
"J'ai. Chaud".
Il se le répète inlassablement depuis maintenant un temps déraisonnable.

"J'ai. Chaud".
A la naissance du phénomène, la pensée était plus structurée, la réactivité neuronale plus proche de celle que l'on s'attend à trouver chez les mammifères vertébrés à position verticale et pouces opposables.
"P'tain, ce qu'il fait chaud, me croirais dans un four moi".
Le soleil et ses rayons UV aux caractéristiques délétères variées faisant cependant leur oeuvre, la réflexion intime de Bob s'est progressivement réduite au plus strict nécessaire, asséchée telle la mer d'Aral, vidée de son essence.

"J'ai.Chaud".
Bob fait ce pesant constat pour la vingtième fois au moins et parvient enfin à faire émerger une autre idée.
"Faut. Bouger".
Oui, bouger. Pour aller chercher de l'eau par exemple. Ou, si l'on préfère rester prudent et ne pas se laisser subjuguer par une ambition mal placée, agiter fébrilement la main de manière à former un herstaz de courant d'air salvateur. L'idée, bien que simple, est bonne et pourrait grandement améliorer le bien-être de Bob. Bien-être qui, pour l'instant, ressemble davantage à celui que doit connaître un Inuit coincé dans un sauna déréglé qu'à celui d'un honnête travailleur profitant de son pique-nique dominical.

"Faut. Bouger".
L'effort qu'exige la reformulation de cette idée révolutionnaire viendrait presque à bout des dernières forces de Bob. Accablé, assoiffé, liquéfié, il est prêt à renoncer. Rendre les armes face aux attaques incessantes et toujours plus efficaces du soleil. Napoléon vantait la valeur du Général Hiver, il aurait été inspiré d'y adjoindre le Maréchal Soleil Estival.
Bob sait bien qu'il n'est pas de taille à résister plus longtemps. Toute l'eau de son corps s'est enfuie, bien consciente du danger d'évaporation fatale qui la guettait si elle s'attardait trop longtemps dans ce corps si mal adapté aux températures excédant les 20°C. Ses pensées grillent les unes après les autres, donnant à sa tête des airs de western Eastwood'iens. Ses muscles se momifient, ses os se craquellent.

"Chaud. Bouger".
C'est une question de vie ou de mort. Ce qu'il lui reste de conscience le sait bien.

Pourtant, il n'en fera rien. Sa 3ème place dans la file d'attente le lui interdit formellement. Il l'aura cette tarte aux citrons qui le fait saliver depuis des jours. S'il renonce, la pâtisserie fermera et la frustration viendra s'ajouter à la douleur de l'équivalent du séchage en machine option "Intense" qu'il est en train de vivre.
Donc, il serre les dents, imagine que le soleil n'est qu'une immense tarte aux citrons, et patiente sagement.
"J'ai. Chaud".


Ma tarte aux citrons





pâte
200 g de farine blanche + 50 g de farine intégrale
45 g de sucre roux
6 cs d'huile d'olive
1 pincée de sel
2 cs de fécule de maïs
environ 5 cs d'eau

crème vanillée
40 cl de lait de soja
3 cs de crème de riz
3 cs de sucre roux
2 gousses de vanille

garniture
3-4 citrons bios
2 cs de sucre roux
2 cs de sucre glace

Préchauffer le four à 180°C.
Commencer par préparer la pâte.
Dans un saladier, mélanger à la main les farines, le sel et l'huile. Ajouter l'eau peu à peu jusqu'à ce que la pâte forme une boule. Filmer et laisser reposer au réfrigérateur.

Il faut ensuite s'occuper de la crème.
Dans un casserole, faire chauffer le lait de soja à feu doux. Ajouter la crème de riz, le sucre et les graines de vanille obtenues en raclant les gousses avec la pointe d'un couteau. Continuer de chauffer le tout sans cesser de remuer. Retirer du feu quand la préparation a bien épaissie.
Laisser refroidir.

Laver les citrons et les émincer finement au couteau ou à l'aide d'une mandoline. Déposer les tranches dans un saladier pour les enrober avec le sucre.
Récupérer la pâte et foncer un moule. Répartir des haricots secs ou des billes spéciales afin de la cuire à blanc pendant une dizaine de minutes.
Laisser ensuite un peu refroidir la pâte avant de répartir la crème sur le fond. Il ne faut pas forcément tout mettre, cela dépend du goûte de chacun et de la taille du moule.
Répartir ensuite les rondelles de citrons et saupoudrer d'un peu de sucre juste avant d'enfourner.
Cuire pendant 40 minutes. La pâte doit être bien colorée et les citrons légèrement bronzés.

Dès sa sortie du four, saupoudrer la tarte avec un peu de sucre glace.
Laisser refroidir avant dégustation.





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3 commentaires:

Noémie a dit…

J'adore l'histoire! Un vrai roman! Je l'imagine bien bob...
Mais t'as eu le courage d'allumer ton four ?? Rassure moi, t'as fait ça le soir non?
Et sinon comme je suis une flippee du citron : la peau des citrons n'est plus amère trempée dans le sucre comme ça? En tout cas, visuellement ça tabasse!

Mathilda a dit…

Absolument canon ta tarte !!

mamapasta a dit…

lu un mois plus tard, c'est totalement sur réaliste...on se caille d'est en ouest du pays.....mais elle fait envie ta tarte....pas dure la peau des citrons cuits comme ça?

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